Le coût de la transition écologique

La planète bouillonne sous les émissions de gaz à effet de serre, et c’est ce dont l’association « Le Bouillon » a choisi de parler à l’occasion de son premier débat.

Samedi 9 novembre, des habitants, étudiants, élus, et curieux que nous avons rassemblés à Mantes la Jolie pour notre premier débat sur la brûlante question de la transition écologique. D’abord autour de petites tables puis en une plus grande assemblée, tous se sont réunis débattre autour de quatre grandes questions : comment peut-on et doit-on informer les citoyens du changement climatique ? Les élus ont-ils les moyens d’action suffisants pour mettre en place la transition écologique ? De nouvelles taxes devraient-elles être créées ou certaines existantes abandonnées ? Notre système d’agriculture devrait-il être intégralement réformé ?

Pour en discuter, trois invités : Ghislaine Senée (EELV), Maire d’Evecquemont, Conseillère régionale d’Île-de-France et présidente du Groupe Alternative Ecologiste et Sociale à la région ; Yvan, sympathisant Gilet Jaune ; et Mathias, actuel militant au sein du mouvement d’Extinction Rebellion. Tous se sont empressés de s’accorder sur un constat majeur: la question de combien coûtera la transition écologique ne se pose plus aujourd’hui. Nous n’avons plus le choix. Maintenant, la question c’est : comment la mettre en œuvre ?

De ce débat animé sont ressortis trois thèmes directeurs. La question de la redistribution, d’abord. “Comment attendre des citoyens qui ne parviennent déjà pas à joindre les deux bouts de se préoccuper de l’écologie, et qui plus est d’en accepter le coût ?” interrogea Ghislaine. La question de la transition écologique au niveau national est avant tout une question d’égalité et de justice sociale : « C’est une histoire d’argent, qu’on le veuille ou non. ». Et cet argent est bel et bien là ; selon Ghislaine, ce n’est qu’une question de meilleure redistribution. Elle estime qu’un bien commun tel que l’eau devrait rester gratuit jusqu’à son utilisation au-delà du seuil classique, moment où il devrait être surtaxé. Bien redistribué, l’impôt ne serait alors pas un problème en soi ? Yvan, lui, s’y oppose. Donner une valeur aux notions écologiques à travers de nouvelles taxes engendrerait nécessairement, comme pour tout processus économique, un phénomène spéculatif nocif.

 « La convergence des luttes », mentionnée par Yvan, est le deuxième thème abordé. Le groupement des luttes de ceux touchés par le dérèglement climatique permettra d’avancer plus significativement. Mathias surenchérit  : une coordination doit être faite entre les actions collectives et individuelles. Pour ce qui est de la responsabilité individuelle, Yvan insiste notamment sur le phénomène contre-productif de ce qu’il appelle « la culpabilisation de l’individu»: « Il faut expliquer aux gens qu’arrêter de manger de la viande tout en continuant de prendre l’avion, ce n’est pas incompatible, et ce n’est pas contraire à la conscience écologique ». Autrement dit, « c’est une question de sobriété », plaide Ghislaine. Mathias, qui a participé aux  dernières occupations organisées par Extinction Rébellion Place du Châtelet, devant l’Assemblée Nationale et Place d’Italie, aime parler d’« actions coup de poings. » Il promeut donc des actions collectives destinées à interpeller efficacement les politiques sur le besoin d’agir sous forme de désobéissance civile pacifique. Les revendications de ce groupement sont simples : plus de transparence des médias sur la réelle extinction du vivant ; un objectif neutralité carbone respecté pour 2025 ; un arrêt de l’extinction de la biodiversité ; et la création d’assemblées citoyennes. « Les méthodes d’Extinction Rébellion ne s’opposent pas aux autres méthodes de manifestations » précise Mathias, « elles s’y ajoutent, toujours dans le but d’informer les citoyens » et de combiner les diversités d’approches pour avancer.

Informer les citoyens, tel a été le troisième thème abordé par les participants. Lors de nos actions de rue, plusieurs citoyens nous ont avoué leur manque d’information sur le sujet et, de ce fait, ne pas savoir par où entamer le débat. Un consensus sur le besoin de commencer l’éducation écologique dès le plus jeune âge s’est tout de suite imposé dans l’assemblée. Tous étaient d’accord pour dire que « la lutte contre le changement climatique devrait concerner tout le monde, pas que les partis politiques. » Et cela passerait donc aussi par la sphère familiale. En Italie, à titre d’exemple, l’éducation nationale a déjà commencé à intégrer la notion dans différentes matières du programme, ne cantonnant pas le sujet à un chapitre de deux pages sur le développement durable, souvent ignoré – faute de temps – en cours de sciences économiques et sociales. Les enfants en seraient même demandeurs ! « C’est très anxiogène pour eux », rappelle Ghislaine. Les programmes pourraient introduire les questions de la biodiversité – très proches des enfants – mais aussi celles du gâchis alimentaire et plus tard, des solutions économiques alternatives. Chacun doit être conscient de l’impact de ses actes au quotidien, soutient Ghislaine. Pour cela, un effort doit être fait du côté des médias dans la synthèse des informations communiquées pour davantage interpeller l’émotion des citoyens : rendre les données concrètes, et les relier à leur coût social existant.

L’innovation technologique est la dernière question traitée suite aux interactions avec le public. Nos intervenants partagent un certain scepticisme sur les bienfaits d’une telle innovation dans le cadre de la transition écologique. Mathias, d’abord, rappelle que le problème n’étant pas technologique mais systémique, il ne peut être attendu de la technologie de résoudre l’ensemble des problèmes existants. Bien au contraire, ajoute-t-il, puisqu’internet, par exemple, est très polluant ! Ghislaine elle aussi, bien que consciente des bienfaits technologiques pour faire face à d’autres problèmes sociaux, tels que l’emploi et la médecine, rejette ce modèle de « productivisme industriel » qui tend  sans cesse à se reposer sur l’avancée de progrès pour sortir des impasses actuelles. Yvan rappelle le besoin de reconnaître les limites des nouvelles technologies en matière d’écologie. « Nous devons fonctionner avec ce que l’on a. »

                    Ce premier débat a donc débouché sur plusieurs constats. Tout d’abord, il résulte de la pénurie des ressources déjà présentes, une absence de choix pour les Etats à agir. Par ailleurs, une meilleure redistribution des richesses accompagnée d’une coordination des luttes est nécessaire. Enfin, informer les citoyens par divers biais et dès leur plus jeune âge est fondamental. Comme émis par Mathias, les moyens d’action pour interpeller les Etats sont multiples, alors à chacun de trouver celui qui lui convient.


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